On pensait avoir fait le tour des marronniers politiques, mais le patronat vient de nous sortir une pièce de collection qui devrait animer quelques dîners en ville. Entre deux arbitrages budgétaires et une météo macroéconomique plus changeante qu'une humeur de banquier central, la question des retraites refait surface avec un twist libéral qui fleure bon les débats de rentrée.
Le grand retour de l'âge pivot et des fonds de pension
Dans les faits: Le patron du Medef a remis une pièce dans la machine en plaidant pour un recul de l'âge légal à 65 ans, tout en y ajoutant un étage de capitalisation obligatoire pour les salariés du secteur privé. (Parce que, visiblement, cotiser toute sa vie ne suffit plus à combler le trou de la Sécu, autant laisser Wall Street ou le CAC 40 s'occuper de nos vieux jours.) Le patronat pousse pour une retraite à 65 ans combinée à de la capitalisation obligatoire. L'idée, sur le papier, est de dynamiser l'épargne longue et de souligner l'essoufflement du système par répartition pur.
Un peu de recul. On ne va pas se mentir, la capitalisation, c'est un peu le serpent de mer de nos discussions économiques hexagonales. D'un côté, on nous explique que nos marchés manquent cruellement de fonds propres pour financer la transition énergétique et les géants technologiques de demain. De l'autre, on sait très bien que confier le pécule de la retraite à la volatilité des marchés réveille chez nos concitoyens une peur bleue de tout perdre au casino boursier. (Surtout quand on regarde les soubresauts actuels des portefeuilles.) Le grand public reste traumatisé par l'idée de voir son bas de laine soumis aux humeurs de la Bourse. C'est bien beau de lorgner sur le modèle anglo-saxon, mais la culture de l'actionnariat populaire ne se décrète pas par un simple communiqué de presse syndical.
Quel impact réel pour notre épargne au quotidien ?
À noter: Si cette proposition devait un jour atterrir sur la table des négociations, elle changerait radicalement la donne pour l'épargne des ménages. Actuellement, notre CAC 40 navigue tranquillement à 8 462 pts, tandis que l'autre géant, le S&P 500, flirte avec les 7 676 pts. Si une partie massive des cotisations salariales devait basculer vers des fonds en actions ou des produits indiciels, les flux de capitaux à destination des marchés financiers donneraient un coup de fouet monumental aux valorisations. (De quoi faire sourire les gestionnaires d'actifs qui voient déjà leurs frais de gestion grimper jusqu'au plafond.) Une telle réforme injecterait des volumes massifs de liquidités directement dans les marchés actions.
Cependant, pour l'épargnant moyen qui essaie déjà de comprendre comment optimiser son plan d'épargne sans y laisser sa chemise face à l'inflation, l'équation devient délicate. Entre un Bitcoin qui stagne à 78 326 $ (67 221 €) et un Ethereum à 2 466 $ (2 116 €), la volatilité est déjà le pain quotidien des investisseurs audacieux. Demander au salarié lambda de devenir un boursicoteur assidu pour s'assurer une retraite décente, c'est un pari politique risqué. (Surtout quand on sait que la majorité des Français préfèrent la sécurité rassurante du livret A.) Le passage à un système mixte risque de creuser la fracture entre les épargnants avertis et les autres.
Et maintenant ? Il y a un monde entre les voeux pieux d'un syndicat patronal et la réalité législative d'un pays allergique aux réformes sociales musclées. Ce débat a au moins le mérite de poser la vraie question de la soutenabilité de notre modèle social face au vieillissement de la population. (En attendant que le gouvernement tranche, on continuera de surveiller nos portefeuilles de près.)
Bref. Mieux vaut compter sur sa propre stratégie d'investissement que sur une hypothétique rente patronale pour boucler ses fins de mois. Ceci n'est pas un conseil en investissement.
