Les résultats du premier trimestre ont laissé les marchés perplexes: d’un côté, Eli Lilly (LLY) semble prendre une envolée, de l’autre, Novo Nordisk (NVO) subit une légère décélération. On se retrouve à regarder deux géants du diabète qui, à la lecture de leurs bilans, prennent des trajectoires presque opposées, comme si un même vent les poussait dans des directions contraires. (Et si vous vous demandiez pourquoi vos portefeuilles le ressentent, continuez votre lecture.)
Une performance qui diverge
Dans les faits:
Eli Lilly a affiché un bénéfice net de ≈ 5,8 milliards de dollars, contre ≈ 1,5 milliard l’an dernier, soit une hausse de plus de 200 %. Le chiffre d’affaires a grimpé à ≈ 6,6 milliards, tiré par une demande record pour le nouveau traitement à base d’insuline, le Tirzepatide. En parallèle, Novo Nordisk a vu son bénéfice net stagner autour de ≈ 3,0 milliards, avec une croissance du chiffre d’affaires limitée à ≈ 5 %.
Eli Lilly voit son bénéfice net tripler grâce à la demande explosive pour le Tirzepatide, tandis que Novo Nordisk peine à reproduire ce rythme de croissance.
Le déclic, c’est surtout la répartition du volume: Lilly a vendu ≈ 30 % de ses doses de Tirzepatide dans les marchés émergents, où les prix sont plus élevés que prévu, alors que Novo Nordisk reste très dépendant du marché européen, où la concurrence des génériques se renforce. (Petite anecdote de café : les analystes ont noté que la part de marché européenne de Novo Nordisk a baissé de ≈ 2 % depuis le même trimestre de l’année précédente.)
Les fondamentaux qui expliquent l’écart
Rappel:
- Pipeline produit: Lilly s’appuie sur un pipeline diversifié, incluant un nouvel agoniste GLP‑1 en phase 3, et une expansion rapide dans les traitements de l’obésité, secteur qui profite d’une sensibilisation accrue du public (voir le discours de C. Lagarde sur la santé publique).
- Structure de coûts: Lilly a réduit ses coûts de production de ≈ 15 % grâce à une automatisation accrue dans ses usines américaines, tandis que Novo Nordisk continue d’investir massivement dans la R&D européenne, ce qui pèse sur sa marge brute.
Un peu de recul.
Le contraste se reflète aussi dans les prévisions de croissance: Lilly anticipe un taux de croissance annuel composé de ≈ 25 % sur les cinq prochaines années, grâce à l’expansion de son portefeuille anti‑diabétique et anti‑obésité. Novo Nordisk, quant à lui, a revu à la baisse son outlook à ≈ 12 % sur la même période, en partie à cause de la concurrence accrue sur le marché des analogues de l’insuline.
Les différences de pipeline et de maîtrise des coûts font que Lilly projette une croissance annuelle de ≈ 25 % contre ≈ 12 % pour Novo Nordisk.
Impact sur les marchés et perspectives d’investissement
À noter:
Le S&P 500 a clôturé à 7 724 points, en légère baisse de 0,2 % sur 24 h, alors que le CAC 40 a progressé de 0,7 % pour atteindre 8 729 points. Cette divergence rappelle que le secteur de la santé, et plus précisément le sous‑secteur du diabète, continue d’attirer les investisseurs français, mais les performances différenciées des deux acteurs créent une polarisation du sentiment.
Pour les investisseurs particuliers, la leçon (sans faire la morale) est claire: diversifier. Un portefeuille trop exposé à un seul fabricant peut subir les effets de la volatilité liée aux décisions réglementaires ou aux retards de mise sur le marché. En outre, le déploiement de nouvelles molécules comme le Tirzepatide ou le semaglutide (déjà en phase de commercialisation) représente un pari à la fois séduisant et risqué, dépendant de l’acceptation par les assureurs et des éventuelles restrictions de prix dans les marchés clés.
Le secteur du diabète reste attrayant, mais la divergence de performance entre Lilly et Novo Nordisk incite à la diversification pour limiter le risque.
En pratique, on peut envisager deux approches:
1. Exposition directe via les titres LLY et NVO, en ajustant la pondération selon le profil de risque (une plus grande part à Lilly pour les investisseurs recherchant une croissance plus dynamique).
2. Passage par des fonds spécialisés qui offrent une exposition équilibrée à l’ensemble du secteur (fonds santé européens ou fonds US axés sur la biotechnologie), permettant d’atténuer le bruit lié aux résultats trimestriels.
Et maintenant ?
Gardez un œil sur les rapports de la FDA et de l’EMA. Toute décision concernant l’approbation d’une nouvelle formulation ou la modification d’un dosage peut influer rapidement sur les cours. De même, les revues de prix menées par les autorités sanitaires européennes sont susceptibles de peser sur les marges de Novo Nordisk, qui reste très dépendant du remboursement public.
Bref.
Le fossé entre Eli Lilly et Novo Nordisk s’élargit, mais il n’est pas fatal: il reflète surtout des stratégies différentes et des zones géographiques distinctes. En diversifiant votre exposition, vous pouvez profiter du dynamisme de Lilly tout en restant protégé contre les éventuels revers de Novo Nordisk. Ceci n’est pas un conseil en investissement.