Les gros titres qui font le tour des écrans, « Google se fait battre par son propre moteur », ont l’air d’un bon moment pour sortir le grand‑cousu du portefeuille. Pourtant, quand on gratte un peu la surface, le pessimisme sur Alphabet (GOOGL) n’est plus un simple caprice de marché, c’est un vrai consensus qui se solidifie. (On est loin du scénario « Bitcoin à 100 000 $ », mais l’effet de contagion est bien réel.)
Performance récente d’Alphabet
Dans les faits: Depuis le début de l’année, l’action d’Alphabet a affiché une tendance plate à la baisse, le cours restant sous le niveau ≈ 150 $ atteint à la fin de 2023. Les analystes de Seeking Alpha notent que le ratio prix/bénéfices s’est resserré à ≈ 22, loin du pic de 35 observé l’an passé.
En même temps, le S&P 500 a progressé de ≈ 1,3 % sur les dernières 24 heures, le CAC 40 de ≈ 1,1 %. Les crypto‑actifs, quant à eux, affichent des hausses modestes : Bitcoin à 64 870 $, Ethereum à 1 924 $. (Le marché semble donc plutôt optimiste ailleurs, mais pas sur les géants du web.)
Le ralentissement du cours d’Alphabet contraste fortement avec la vigueur affichée par les indices larges et les crypto‑actifs.
Pourquoi le cas baissier se renforce
Rappel: Trois leviers principaux alimentent le revirement d’opinion.
Premièrement, la pression réglementaire s’accentue. La Commission européenne a lancé une nouvelle procédure d’enquête sur les pratiques publicitaires de Google, rappelant les précédentes amendes de ≈ 2 % du chiffre d’affaires qui ont déjà entamé les marges.
Deuxièmement, la hausse des coûts liés à l’intelligence artificielle. Les dépenses d’infrastructure cloud de Google Cloud ont crû de ≈ 25 % l’an dernier, tandis que les revenus IA ne représentent encore que ≈ 5 % du total, un déséquilibre qui inquiète les investisseurs.
Troisièmement, la concurrence s’intensifie. Microsoft, avec son offre Azure‑OpenAI, capte une part de marché significative, et la montée en puissance de nouveaux acteurs comme Anthropic crée un environnement où la barrière à l’entrée se réduit.
Dans ce contexte, les prévisions de bénéfices pour 2024 sont revues à la baisse de ≈ 10 %, selon le dernier rapport de l’analyste senior de Morgan Stanley. (Une note qui ferait pâlir un fan de D. Trump qui croyait que « tout le monde pouvait devenir milliardaire ».)
Le poids combiné de la régulation, des coûts IA et de la concurrence desserre la marge de manœuvre d’Alphabet, renforçant ainsi le cas baissier.
Implications pour les investisseurs particuliers
Un peu de recul. Au lieu de se précipiter sur les mouvements de court terme, il vaut mieux se demander quel scénario de fond se dessine. Si la pression réglementaire persiste, les revenus publicitaires pourraient subir une décélération de ≈ 3 % par an pendant les deux prochaines années. Les marges opérationnelles, déjà sous tension, risquent de fléchir davantage si les dépenses IA ne génèrent pas rapidement de nouvelles sources de revenu.
En pratique, plusieurs stratégies s’offrent à nous. La première consiste à réduire l’exposition en vendant une partie de la position et à réallouer sur des secteurs moins sensibles aux risques réglementaires, comme les services aux collectivités ou les biens de consommation de base. La seconde, plus audacieuse, consiste à miser sur la volatilité en achetant des options de vente, mais cela nécessite une compréhension fine du mécanisme des dérivés, ce n’est pas le moment de faire « le petit chimiste » sans la bonne formation.
Enfin, le marché reste volatile: le BTC a augmenté de ≈ 0,5 % et le BNB de ≈ 3,1 % sur les dernières 24 heures, rappelant que les fonds de réserve peuvent rapidement changer d’allocation. (Il est toujours utile de garder un petit « coussin » de liquidités, surtout quand le feu rouge clignote.)
À noter: Même si le bull case d’Alphabet semble affaibli, la société possède encore un écosystème robuste (YouTube, Android, Cloud) qui peut soutenir une reprise si les vents réglementaires se calment.
Et maintenant ? La décision de rester, de réduire ou de réallouer dépend de votre horizon de placement et de votre tolérance au risque. Un portefeuille diversifié, incluant des actifs non corrélés comme les crypto‑actifs mentionnés plus haut, reste la meilleure défense contre les chocs sectoriels.
Bref. Le moment est propice pour reconsidérer la place d’Alphabet dans votre portefeuille, en gardant à l’esprit que le risque de régulation et la course à l’IA ne font que commencer. Ceci n’est pas un conseil en investissement.