Chapô – Safran, l’étoile française de l’aéronautique, pourrait bien prendre la même pente que Rheinmetall ces prochains mois. Entre la remontée des taux, la fin du pic d’armement lié à la guerre en Ukraine et des coûts d’énergie qui font mal aux filiales défense, on décortique les signaux qui pointent vers une possible décélération du cours. Accroche‑toi, la discussion n’est pas pour les novices, mais on garde le café à portée de main.
Récap' du contexte macroéconomique
Dans les faits : depuis le printemps 2022, les banques centrales (la BCE, la Fed) ont augmenté leurs taux de référence de ≈ 400 points de base. Le résultat ? Un ralentissement global de la croissance, qui touche même les dépenses publiques de défense.
- Inflation – toujours là, à ≈ 5 % en zone euro, pousse les États à réviser leurs budgets. La priorité devient la maîtrise du déficit plutôt que la dépense supplémentaire en armement.
- Pouvoir d’achat – le coût de la vie qui grimpe fait pression sur les ménages, et les gouvernements, eux, cherchent à éviter les contestations sociales.
- Risque géopolitique – la tension russo‑ukrainienne s’est stabilisée (on espère) et les commandes d’équipements massifs, comme les chars Leopard 2, entrent dans la phase de livraison plutôt que de commande.
(En gros, le scénario qui a boosté les titres de défense pendant les premiers mois de la guerre commence à s’essouffler, un peu comme la hype autour des crypto‑actifs à la fin 2021.)
Safran vs Rheinmetall : pourquoi une corrélation ?
Rappel : Rheinmetall, le champion allemand de l’armement, a vu son cours baisser de ≈ 30 % depuis le pic de 2022, sous l’effet d’une réduction d’ordres et d’un re‑pricing du secteur.
Safran, de son côté, est plus diversifié – aéronautique civile, propulsion, sécurité – mais ≈ 30 % de son chiffre d’affaires provient du segment défense. Ce qui suit montre pourquoi les deux titres pourraient évoluer de concert :
- Commandes en cours – En 2023, Safran a reçu des contrats de ≈ 3 milliards d’euros pour des moteurs d’avions militaires (le F‑35, le Eurofighter). Toutefois, une partie de ces accords dépend de la capacité des gouvernements à financer les programmes à long terme. Si les budgets se resserrent, on risque de voir les livraisons ralentir, à l’instar de la réduction des commandes de Rheinmetall pour les systèmes d’artillerie.
- Coûts d’énergie – La division propulsion de Safran voit ses dépenses opérationnelles grimper à cause du prix du kérosène et de l’électricité, un point sensible quand les marges sont déjà comprimées par la hausse des matières premières (titane, alliages). Même Rheinmetall a senti la brûlure sur ses lignes de production grâce aux coûts de l’acier.
- Chaîne d’approvisionnement – Les pénuries de puces et les goulets d’étranglement logistiques (ports bloqués, transport maritime) pèsent sur les deux groupes. Safran a dû retarder la livraison de certains composants de ses systèmes de navigation, un problème qui, selon les analystes, pourrait “régénérer” les pertes de Rheinmetall dans le secteur armé.
À noter : la croissance de Safran sur le segment civil (moteurs de gros porteurs) reste ≈ 5 % en 2023, mais ce n’est pas suffisant pour compenser la faiblesse du côté défense. Si l’on suit la logique de « tail‑risk », le poids de la partie militaire pourrait entraîner une volatilité accrue, exactement comme on l’a vu avec Rheinmetall.
Et maintenant ? La posture d’investisseur averti
Dans les faits : le cours de Safran a baissé de ≈ 12 % depuis le début de l’année, un mouvement qui ressemble à la trajectoire de Rheinmetall, qui a chuté de ≈ 30 % depuis son pic. Mais deux points méritent qu’on se penche dessus avant de se lancer :
- Diversification – Contrairement à Rheinmetall, Safran conserve une forte présence dans le civil, ce qui offre un coussin en cas de resserrement des budgets de défense. Le segment civil représente ≈ 70 % du chiffre d’affaires total, avec des marges qui restent solides (EBITDA à ≈ 10 %).
- Momentum du marché – Le titre a encore une dynamique de rattrapage à cause de la sur‑pondération des fonds ESG qui voient en Safran un champion de la technologie verte (moteurs à faibles émissions). Cette image positive pourrait freiner la chute, même si la tempête macro persiste.
« Si tu veux jouer à la roulette, prends la case rouge et espère que le zéro ne sortira pas » – (c’est la façon dont certains traders résument la stratégie « buy‑the‑dip » sur les actions de défense).
En pratique, on pourrait envisager trois scénarios :
| Scénario | Probabilité | Impact sur le cours |
|---|---|---|
| Consolidation du budget – les gouvernements maintiennent les dépenses mais sans hausse notable | ≈ 40 % | Stabilité du titre, léger rebond (+ ≈ 5 %) |
| Resserrement budgétaire – coupe des programmes médiatiques, réduction des achats de nouveaux systèmes | ≈ 35 % | Baisse supplémentaire du cours (‑ ≈ 10 %) |
| Boom technologique – innovations en propulsion verte et contrats civils massifs | ≈ 25 % | Reprise du cours, possible dépassement de la barre des ≈ 180 € |
Un peu de recul. Le plus sage, c’est de garder un œil sur les indicateurs clés : les décisions du Parlement français sur le budget de défense, les rapports de la BCE sur l’inflation, et surtout les annonces de nouveaux programmes d’avion militaire (le Future Combat Air System). Si ces signaux restent neutres ou négatifs, le parallèle avec Rheinmetall se confirme.
Bref.
On ne va pas se mentir : Safran a la gueule du loup, mais il n’est pas à l’évidence le même que Rheinmetall. La diversification et le poids du civil offrent un filet de sécurité, même si la partie défense est sous pression. Pour les investisseurs qui n’ont pas peur d’un peu de turbulence, le titre mérite d’être suivi de près, tout en gardant une marge de manœuvre – parce que la prochaine hausse, si elle arrive, risque de passer par un creux plus profond.
Ceci n'est pas un conseil en investissement.