On s'est bien habitués aux t-shirts pas chers et aux smartphones assemblés à l'autre bout du monde, mais la fête touche à sa fin. Le grand divorce industriel entre l'Occident et la Chine est prononcé, et la facture s'annonce tout simplement astronomique pour les économies développées. Si tu pensais que relocaliser nos industries allait se faire sans douleur, sache que la douloureuse s'élève désormais à ≈ 23 600 milliards de dollars selon les dernières données compilées par La Tribune.

Le prix exorbitant de la souveraineté économique

Le prix exorbitant de la souveraineté économique

Rappel: Depuis la crise sanitaire et les tensions géopolitiques croissantes, nos dirigeants n'ont plus que le mot souveraineté à la bouche (un concept très séduisant sur le papier qui consiste à ramener les usines à la maison pour ne plus dépendre de Pékin). Mais défaire ≈ 40 ans de mondialisation sauvage et d'optimisation logistique ne se fait pas d'un coup de baguette magique, et encore moins gratuitement.

Dans les faits: Les entreprises occidentales doivent maintenant dupliquer des chaînes d'approvisionnement entières, construire de nouvelles usines de puces électroniques très coûteuses en Europe ou aux États-Unis (avec des subventions publiques massives qui creusent nos déficits au passage) et trouver des alternatives viables à la main-d'œuvre chinoise. Ce processus de fragmentation commerciale, souvent qualifié de relocalisation amicale (friend-shoring), menace de détruire des gains d'efficacité historiques et d'alimenter une inflation structurelle pour les décennies à venir. Pour nous, les épargnants, cela signifie qu'un monde de taux d'intérêt bas et de désinflation permanente est définitivement derrière nous (il va falloir s'adapter à cette nouvelle donne).

Quel impact concret sur ton portefeuille et les marchés ?

Quel impact concret sur ton portefeuille et les marchés ?

Un peu de recul. Pour nous, investisseurs, ce grand chambardement mondial redéfinit complètement la manière dont on doit valoriser les entreprises en Bourse. Les multinationales qui affichaient des marges insolentes grâce à l'exploitation d'usines à bas coûts en Asie vont devoir s'habituer à des dépenses d'investissement beaucoup plus lourdes pour sécuriser leurs approvisionnements. Des indices comme le CAC 40 (qui s'affiche aujourd'hui à 8 314 pts, en baisse de -0,3 %) ressentent déjà ces réorganisations forcées, notamment via ses géants industriels très exposés aux chaînes logistiques globales. Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, le S&P 500 américain garde la tête hors de l'eau à 7 575 pts (+0,4 %), porté par des géants de la technologie qui tentent de rapatrier la production stratégique sur le sol américain à coups de milliards de dollars de subventions étatiques.

À noter: Cette transition douloureuse va inévitablement créer de grands gagnants et des perdants magnifiques dans les portefeuilles d'actifs. Les investisseurs avisés doivent désormais privilégier les entreprises capables de répercuter la hausse de leurs coûts sur les consommateurs (le fameux pouvoir de fixation des prix ou pricing power) plutôt que celles qui dépendent d'une logistique complexe et transfrontalière. Même le marché des crypto-actifs reflète cette grande réorganisation et cette volatilité latente, avec un Bitcoin (BTC) qui s'échange actuellement à 62 950 $ (en baisse de -1,4 % sur 24 heures) ou un Ethereum (ETH) à 1 786 $ (en baisse de -0,6 % sur 24 heures), prouvant que la quête de valeur refuge reste d'actualité dans un monde fragmenté.

Vers un monde de blocs et de barrières douanières

Vers un monde de blocs et de barrières douanières

Et maintenant ? La tendance à la démondialisation ne va pas s'inverser de sitôt, que ce soit sous l'impulsion de politiciens protectionnistes comme D. Trump aux États-Unis ou face aux nouvelles taxes carbone imposées par l'Union européenne aux frontières. On se dirige tout droit vers une économie mondiale divisée en blocs commerciaux étanches, où les flux financiers seront étroitement surveillés et régulés par les États. Cette guerre froide industrielle signifie que les capitaux vont devoir s'adapter à un environnement beaucoup moins fluide, où la rentabilité financière brute passe souvent après les impératifs de sécurité nationale. Pour l'investisseur particulier, il devient urgent de diversifier ses zones géographiques et de ne pas tout miser sur des valeurs qui dépendent uniquement du commerce international pour survivre.

Bref. Le divorce entre la Chine et l'Occident est sans doute l'événement macroéconomique le plus cher de notre génération, et c'est finalement le consommateur et l'épargnant qui vont régler la facture de ce retour forcé aux frontières nationales.

Ceci n'est pas un conseil en investissement.